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"Don" présentée au concours Ecrire auféminin sur le thème "La première fois que..."





"Faux-semblant" présentée au concours inter-blogs "Paradise" organisé par les éditions La Martinière Jeunesse sur le thème "L'amour plus fort que les préjugés" pour lire ma nouvelle cliquer ICI


Je m’apprêtais à passer une soirée d’un ennui mortel. Ma mère s’activait en bas entre la cuisine et la salle à manger, aux anges à l’idée de recevoir une famille d’une telle importance comme elle disait. Mon père n’avait rien trouvé de mieux que d’inviter Mr Leblanc avec qui il s’était lié d’amitié dernièrement. Je n’avais rien de particulier contre le pharmacien, ni contre son épouse, ils semblaient tous les deux charmants bien qu’un peu trop guindés à mon goût. Mais mes parents m’imposaient de participer au dîner et d’être polie, accueillante et chaleureuse notamment avec leur fils. Je déprimais rien que d’y penser.
Laurent fréquente le même lycée que moi depuis plus d’an et nous ne nous sommes jamais adressés la parole. Pour quelle raison ? Tout simplement parce qu’il est impossible de trouver deux personnes plus différentes que nous. Je suis une bonne élève, studieuse, sérieuse, appréciée des professeurs et de bon nombre d’élèves. De son côté, Laurent est précédé par sa réputation de glandeur professionnel. Il est beau gosse et ne le sait que trop. Son temps est réparti entre le sport, les potes et les filles. Inutile de préciser que les cours sont la dernière de ses préoccupations.
La sonnerie de la porte d’entrée annonça le début des festivités. Laurent était présent comme prévu, égal à lui-même, habillé de la tête aux pieds à la dernière mode. Bon, je devais me rendre à l’évidence il était d’une beauté à tomber par terre. Grand, musclé, ses cheveux d’un noir corbeau savamment placés en un coiffé-décoiffé craquant à souhait et un regard de braise. Normal qu’il ait autant de conquêtes à son tableau de chasse !
L’apéritif se déroula dans une ambiance étrange, ma mère hyper stressée, mon père très décontracté et moi effacée comme jamais. Mais le plus difficile n’allait pas tarder vu que mes parents avaient eu la brillante idée de nous prévoir des pizzas afin que nous puissions manger « entre jeunes ». J’allais donc me retrouver en tête à tête avec Laurent dans quelques minutes.
Je l’invitais à me suivre dans le salon et lui proposais de regarder un film en pensant que cela m’éviterait d’avoir à lui faire la conversation.
-          Je préfère mettre de la bonne musique, me répondit-il avec un demi-sourire tandis qu’il choisissait déjà le cd qu’il allait glisser dans le lecteur.
-          Comme tu voudras, répliquai-je prise de cours. Une question me trottait dans la tête depuis son arrivée, mais il était impensable de la poser en présence de mes parents. Maintenant qu’ils étaient tous installés à table dehors, je ne prenais aucun risque. Pourquoi es-tu venu ce soir ? lançai-je à la limite de la politesse.
Laurent se retourna vers moi. Il ne semblait pas le moins du monde étonné par mon intervention. Il s’avança, très sûr de lui comme à son habitude, et vint s’asseoir à mes côtés sur le canapé.
-          C’est pourtant évident, susurra-t-il bien trop proche de mon oreille. Pour toi ma belle, depuis le temps que j’attends une telle opportunité, ajouta-t-il avec une assurance plus que déroutante et une moue ravageuse.
Choquée, outrée même par une telle audace, je le repoussai vivement et le renvoyai verbalement dans ses pénates. Après tout je n’étais pas l’une de ces filles qu’il avait l’habitude d’embobiner avec son regard de braise et quelques mots doux. Que croyait-il ?
Enfin, cette version aurait été la réalité si j’avais suivi la direction de la raison, mais bien sûr je me laissai guider par mes sentiments et par mon corps aussi, je dois bien le reconnaître. Les lèvres de Laurent, chaudes et charnues, se déposèrent sur les miennes. Elles tremblaient à l’idée de rencontrer ces petits morceaux de chair dont elles rêvaient secrètement depuis de nombreux mois. Les papillons qui envahissaient mon estomac s’emballèrent durant ce court instant qui eut le paradoxe de tous ces moments inoubliables : bref et infini à la fois. Lorsque mes yeux se rouvrirent sur son visage d’ange fatal, je repris ma respiration et mes esprits, ou du moins j’essayais… Il me fallait trouver le moyen de lui dire que je n’étais pas comme toutes ces filles et que je ne cherchais absolument pas la même chose qu’elles, mais il me devança :
Claudia, fais-moi confiance. Ne te fie pas aux apparences et n’accorde pas d’importance aux rumeurs. Je ne désire que toi depuis et pour toujours, expira-t-il avec une sincérité évidente avant de m’embrasser une nouvelle fois.